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 Auguste Barbier (1805-1882) LAZARE, PROLOGUE

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Auguste Barbier (1805-1882) LAZARE, PROLOGUE Empty
MessageSujet: Auguste Barbier (1805-1882) LAZARE, PROLOGUE   Auguste Barbier (1805-1882) LAZARE, PROLOGUE Icon_minitimeMar 23 Aoû - 17:26

LAZARE, PROLOGUE

Je m' embarque aujourd' hui sur la plaine brumeuse
Où le vent souffle, et, sans repos,
Hérisse les crins verts de la vague écumeuse,
Et bondit sur son large dos.
À travers le brouillard et l' onde qui me mouille,
Les cent voix du gouffre béant,
Je m' en vais aborder ce grand vaisseau de houille
Qui fume au sein de l' océan,
La nef aux flancs salés qu' on nomme l' Angleterre.
Ô sombre et lugubre vaisseau,
Je vais voir ce qu' il faut de peine et de misère
Pour te faire flotter sur l' eau!
Je vais voir si les mers nouvelles où tu traînes
La flottille des nations
Auront moins de vaincus, de victimes humaines,
Ensevelis dans leurs sillons;
Si le pauvre Lazare est toujours de ce monde,
Et si, par ta voile emporté,
Toujours les maigres chiens lèchent la plaie immonde
Qui saignait à son flanc voûté.
Ah! Ma tâche est pénible et grande mon audace!
Je ne suis qu' un être chétif,
Et peut-être bien fou, contre une telle masse
D' aller heurter mon frêle esquif;
Je sais que bien souvent, ô puissante Angleterre!
Des rois et des peuples altiers
Ont vu leurs armements et leur grande colère
Se fondre en écume à tes pieds;
Je connais les débris qui recouvrent la plage,
Les mâts rompus et les corps morts;
Mais il est dans le ciel un Dieu qui m' encourage
Et qui m' entraîne loin des bords.
Ô toi! Qui du plus haut de cette voûte ronde,
D' un oeil vaste et toujours en feux,
Sondes les moindres coins des choses de ce monde
Et perces les plus sombres lieux;
Toi qui lis dans les coeurs de la famille humaine
Jusqu' au dessein le plus caché,
Et qui vois que le mien par le vent de la haine
N' est pas atteint et desséché;
O grand Dieu! Sois pour moi ce que sont les étoiles
Pour le peuple des matelots;
Que ton souffle puissant gonfle mes faibles voiles,
Pousse ma barque sur les flots;
Écarte de mon front les ailes du vertige,
Éloigne cet oiseau des mers
Qui tout autour des mâts se balance et voltige;
Et, dans le champ des flots amers,
Quelles que soient, hélas! Les choses monstrueuses
Dont mon oeil soit épouvanté,
Oh! Maintiens-moi toujours dans les routes heureuses
De l' éternelle vérité.


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